Après des mois de blocage devant les tribunaux, l’une des plus grandes opérations de télécommunications en Afrique de ces dernières années est désormais conclue. Vodacom a finalisé son acquisition pour 2,1 milliards de dollars de la participation de 15 % du gouvernement kényan dans Safaricom le 30 juin, quelques jours après que la Cour d’appel a validé cette opération longtemps retardée, faisant passer la participation de l’opérateur sud-africain de 35 % à 55 % et en faisant l’actionnaire de contrôle de la plus grande entreprise de télécommunications d’Afrique de l’Est.
L’opération, et ce que le Kenya obtient
Le Trésor kényan devrait recevoir 204,3 milliards de KSh grâce à la vente, en plus d’un complément de dividendes de 40,2 milliards de KSh adossé à sa participation restante de 20 %. Le produit de la vente devait servir à alimenter le Fonds national d’infrastructure dans le cadre du vaste programme de privatisation du président William Ruto, une manière de financer de grands projets d’infrastructure sans nouvel emprunt. Safaricom reste cotée à la Bourse de Nairobi, et le gouvernement conserve sa participation de 20 % ainsi qu’une représentation au conseil d’administration, mais la propriété majoritaire, et avec elle le dernier mot sur l’allocation du capital, les dividendes et la stratégie régionale, se trouve désormais à Johannesburg.
Une opération qui a failli ne jamais aboutir
Le parcours a tout sauf été simple. Vodacom avait d’abord annoncé en décembre 2025 qu’elle achèterait la participation de 15 % du gouvernement, ainsi qu’un 5 % supplémentaire à Vodafone International Holdings, mais des contestations judiciaires ont gelé la transaction pendant des mois, contraignant le gouvernement à saisir la Cour d’appel. Ce retard a eu un coût et une contrepartie : comme la vente a dépassé son échéance initiale, le gouvernement kényan est resté éligible aux dividendes de Safaricom qu’il aurait autrement manqués, un gain estimé à 16 milliards de KSh.
Ce qui change chez Safaricom
Au quotidien, les Kényans verront peu de changements ; stratégiquement, beaucoup de choses évoluent. Vodacom passe du statut de premier actionnaire à celui de contrôleur total, obtenant une influence décisive sur les plus gros paris de Safaricom : l’expansion coûteuse en Éthiopie et la montée en puissance continue de M-Pesa, l’une des plateformes de fintech les plus performantes d’Afrique. Les engagements pris envers le gouvernement pendant les négociations restent en vigueur, notamment l’absence de suppressions d’emplois liées à l’opération, un président du conseil d’administration kényan et le maintien d’une gestion locale des fondations Safaricom et M-Pesa. L’Autorité des marchés de capitaux du Kenya a également exempté les acheteurs de l’obligation de lancer une offre publique obligatoire à tous les actionnaires, préservant ainsi le flottant.
La vue d’ensemble
Cette clôture est la deuxième grande consolidation de la propriété des télécoms africaines en quinze jours, après que Bharti Airtel a porté sa participation directe dans Airtel Africa à 79 %. La tendance est sans équivoque : les groupes mères rapprochent leurs actifs africains les plus performants, en rachetant le contrôle des entreprises qui possèdent les réseaux de paiement et l’infrastructure de données du continent. Pour le Kenya, la question est désormais de savoir si les recettes de privatisation construiront réellement les infrastructures promises. Pour le secteur, la leçon est que les télécommunications les plus précieuses d’Afrique ne sont plus seulement des champions nationaux ; elles sont devenues des trophées dans une consolidation continentale, et les gouvernements qui vendent leurs parts échangent des dividendes à long terme contre du capital immédiat.





