La Somalie, le Kenya et la Tanzanie s’apprêtent à être raccordés à l’une des routes de données les plus fréquentées entre l’Europe et l’Asie. L’Union européenne a engagé 37 millions d’euros, soit environ 42,8 millions de dollars, pour étendre le câble sous-marin Blue-Raman depuis son hub africain de Djibouti le long de la côte jusqu’à l’Afrique de l’Est, une initiative présentée comme un moyen d’accélérer la connectivité, de réduire le coût de la bande passante et d’élargir l’économie numérique dans toute la région.
Qu’est-ce que Blue-Raman ?
Blue-Raman n’est pas un nouveau projet, mais c’est un projet important. Dévoilé en 2021 comme une collaboration entre Google, l’opérateur italien Sparkle et d’autres partenaires, il s’étend sur environ 12 700 kilomètres en deux segments : la section Blue reliant l’Italie, la France, la Grèce et Israël, et la section Raman passant par la Jordanie, l’Arabie saoudite, Djibouti, Oman et jusqu’à l’Inde. Son objectif est d’offrir au trafic entre l’Europe et l’Inde un itinéraire via le Moyen-Orient qui réduise la dépendance aux anciens goulets d’étranglement plus encombrés, et il fonctionne en accès ouvert, ce qui signifie que plusieurs fournisseurs de services peuvent l’utiliser, ce qui tend à faire baisser les prix de gros.
La branche est-africaine
Les nouveaux fonds servent à prolonger cette colonne vertébrale vers l’Afrique de l’Est, et cela s’inscrit dans quelque chose de plus vaste : un paquet d’investissements numériques de 139 millions d’euros que l’UE a approuvé lors de la visite à Bruxelles du président kényan William Ruto, où il a rencontré la vice-présidente exécutive de la Commission européenne Henna Virkkunen. Pour une région où la bande passante a été relativement chère et assurée par relativement peu de câbles, un nouveau point d’atterrissage à haute capacité constitue un gain concret, à la fois en prix et en résilience, offrant un deuxième ou un troisième itinéraire pour les données si un câble est coupé.
La dimension politique sous-jacente
La manière dont l’accord est présenté est aussi parlante que le câble lui-même. L’UE a fait de cette extension une vitrine de sa stratégie Global Gateway, sa réponse au financement des infrastructures par d’autres puissances, et la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a présenté le projet comme devant « relier l’Afrique de l’Est à d’immenses marchés numériques ». Débarrassé du langage diplomatique, il s’agit d’argent public européen qui finance une infrastructure physique acheminant les données de la région par un ensemble particulier de partenaires, dans le cadre d’une concurrence plus large sur les câbles et les normes qui transportent le trafic mondial.
Ce que cela signifie en aval
Pour les utilisateurs et les entreprises d’Afrique de l’Est, la politique compte moins que le résultat : davantage de capacité, davantage de redondance et une pression à la baisse sur le prix de gros du transfert de données. La vraie question est de savoir si ces gains de gros atteindront les clients finaux, ce qui dépend des opérateurs et des régulateurs en aval, et non du câble lui-même, car la baisse du coût de la bande passante internationale a souvent eu du mal à se répercuter pleinement sur l’utilisateur final. Pour les bâtisseurs de la région, la conclusion est plus simple. Les rails sur lesquels circulent leurs produits deviennent plus larges et plus résilients, et un câble à accès ouvert signifie que davantage de fournisseurs peuvent rivaliser pour vendre cette capacité.





