Le Sénégal utilise une partie de son propre capital public pour produire davantage de sa nourriture sur place. SEAF Senegal a injecté 1,3 milliard de francs CFA, soit environ 2,2 millions de dollars, dans La Ripaille, l’un des plus grands producteurs avicoles du pays, afin de financer une expansion précise : entrer dans la production locale d’œufs à couver, l’intrant qu’une filière avicole doit autrement importer. L’argent transite par Oyass Capital, un sous-fonds de FONSIS, le fonds souverain du Sénégal, et est géré par SEAF Senegal, la branche régionale de l’investisseur à impact SEAF Global.
Pourquoi les œufs à couver
La logique est celle de la substitution aux importations. En produisant des œufs à couver localement, La Ripaille est censée renforcer la chaîne d’approvisionnement avicole du Sénégal à partir de l’intrant lui-même, réduire la dépendance du pays à des importations coûteuses et consolider la sécurité alimentaire dans un secteur où l’offre locale a pris du retard sur la demande. Il s’agit ici d’un capital de croissance destiné à une entreprise agroalimentaire établie, et non d’un pari sur une start-up non éprouvée, et cela mérite d’être dit clairement. La valeur réside dans l’approfondissement de l’assise d’une entreprise en activité dans un maillon stratégique du système alimentaire, et non dans la poursuite d’une nouvelle idée.
Une structure hybride
La structure mérite qu’on s’y attarde. Les 1,3 milliard de francs CFA constituent un montage hybride : une partie en capitaux propres, pour fournir des fonds à long terme et aligner l’investisseur sur la croissance de l’entreprise, et une partie en financement islamique, structuré pour être conforme à la charia et adossé à des actifs, conformément aux normes financières régionales. Ce mélange est un ajustement délibéré au marché : des capitaux propres pour capter la hausse potentielle et une dette conforme à la charia pour la partie qui nécessite une structure éthique et adossée à des actifs. C’est le type de conception d’opération adaptée au contexte local que les fonds extérieurs négligent souvent.
Une étape importante pour le fonds
L’opération marque aussi une étape importante pour le véhicule qui la porte. Il s’agit du troisième investissement de SEAF Senegal via Oyass Capital, après la société de santé numérique Eyone et l’agroalimentaire Dimbaya, et cela porte le total déployé du fonds au-delà de 7 millions de dollars. C’est une somme modeste à l’échelle mondiale, mais le schéma compte davantage que le montant : un fonds lié à un souverain, géré par un professionnel, qui place des capitaux dans un éventail d’entreprises locales dans la santé, l’agriculture et la production alimentaire.
Pourquoi ce modèle compte
Pour la région au sens large, le modèle est l’enseignement à retenir. L’Afrique de l’Ouest francophone a longtemps compté sur des capitaux extérieurs et des subventions pour financer ses entreprises ; un fonds souverain qui canalise de l’argent, via un gestionnaire rigoureux, vers des entreprises agroalimentaires locales, dessine un schéma différent et plus durable : de l’argent public utilisé pour attirer l’investissement privé, et non pour le subventionner. Son effet cumulatif dépendra des rendements réellement dégagés par ces entreprises, et de la patience de FONSIS. Mais instaurer l’habitude d’un capital local qui soutient une production locale, dans un secteur aussi essentiel que l’approvisionnement alimentaire, est la partie qu’il faut surveiller.





