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Funding

Le Sénégal lance un fonds de 50 millions de dollars pour combler son manque de financement aux tout premiers stades des startups

La DER/FJ du Sénégal a lancé un fonds de 50 millions de dollars pour les startups en pré-amorçage et en amorçage, un financement public destiné à attirer des capitaux privés là où l’Afrique de l’Ouest francophone est la plus sous-dotée.

Aida Mbodji, Déléguée générale de la DER/FJ, annonçant le fonds Catalyst à VivaTech à Paris
Aida Mbodji, Déléguée générale de la DER/FJ, a annoncé le fonds Catalyst DER/FJ de 50 millions de dollars à VivaTech à Paris.Credit: Catalyst Fund
ParKwame Osei
Publie30 juin 20263min de lecture

Le tout premier chèque est celui que les fondateurs africains peinent le plus à lever, et l’écart est le plus large en Afrique de l’Ouest francophone. Le financement en phase d’amorçage ne représente que 1,5 % de l’ensemble des capitaux investis en Afrique, soit trois à quatre fois moins que les 4 % à 6 % enregistrés aux États-Unis, selon le suivi d’Africa: The Big Deal. Le Sénégal a décidé de combler une partie de ce manque avec un fonds de 50 millions de dollars, le fonds Catalyst DER/FJ, conçu pour financer les startups sénégalaises aux stades de pré-amorçage et d’amorçage.

Annoncé à Paris

Le fonds a été dévoilé par Aida Mbodji, Déléguée générale de la Délégation générale à l’Entrepreneuriat rapide des femmes et des jeunes (DER/FJ) du Sénégal, lors de VivaTech à Paris le 20 juin. Choisir le plus grand salon technologique d’Europe pour cette annonce faisait partie de l’objectif. En parallèle du lancement, cinq startups sénégalaises, Andakia, Baamtu, SenITI, FAJMA et Absar, ont présenté leurs projets à des investisseurs et partenaires internationaux, offrant un premier aperçu du flux d’opportunités que le fonds entend alimenter et montrant aux capitaux privés qu’il existe des dossiers à financer.

Une conception catalytique

La conception est volontaire. Plutôt que de simplement distribuer des subventions, la DER/FJ entend utiliser l’argent public pour attirer des investisseurs privés, créer un effet de levier et construire l’échelon de l’échelle du financement que les marchés privés ont systématiquement ignoré : l’étape entre l’idée d’un fondateur et un premier chèque institutionnel. C’est un rôle catalytique, où le capital public intervient d’abord afin que le capital privé suive, et c’est un rôle que la plupart des gouvernements africains ont eu du mal à jouer.

Pourquoi l’écart est-il si grand ?

Le contexte structurel explique l’urgence. Les financements institutionnels en pré-amorçage sont réellement faibles dans la région, et à l’échelle de l’Afrique, la composition du financement évolue dans la mauvaise direction, les subventions étant passées à environ 42 % du financement en pré-amorçage en valeur en 2025, contre 20 % en 2021, selon les données d’Africa: The Big Deal, alors même que le nombre d’investisseurs actifs en pré-amorçage a diminué. Les capitaux restent aussi très concentrés dans le « Big Four » composé du Nigeria, du Kenya, de l’Afrique du Sud et de l’Égypte, ce qui laisse des marchés francophones comme le Sénégal chroniquement sous-financés dès les tout premiers stades.

Ce que cela signifie pour les fondateurs

Pour les fondateurs d’Afrique de l’Ouest francophone, c’est ce qui rend la question importante. Un véhicule public de 50 millions de dollars visant précisément le tout premier stade constitue une véritable tentative de construire l’échelon manquant, dans une région où il a à peine existé. La question ouverte est celle de l’exécution : ce type de fonds vit ou meurt selon sa gouvernance, et selon que l’argent privé qu’il est censé attirer se matérialise réellement ou laisse l’État porter seul le risque. Mais le fait qu’un gouvernement place des capitaux réels exactement là où la chaîne est la plus fragile, et le fasse sur une scène internationale pour attirer des co-investisseurs, vise le bon problème.

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