Terra Industries, la start-up de technologie de défense la mieux financée d’Afrique, construit à Accra une usine de drones de 34 000 pieds carrés qu’elle dit appelée à devenir la plus grande du continent lorsqu’elle ouvrira d’ici la fin de juin 2026. Baptisée Pax-2, il s’agit du premier site de fabrication de l’entreprise hors du Nigeria et sa surface dépasse de plus du double celle de son usine phare Pax-1 à Abuja.
L’usine vise une production annuelle de 50 000 unités d’ici 2028 et devrait créer environ 120 emplois d’ingénierie au Ghana. Elle fabriquera trois des systèmes aériens de Terra : Archer, la plateforme de surveillance et de frappe, Iroko, le drone tactique, et Kama, un intercepteur anti-drones.
Pourquoi le Ghana
Le choix du Ghana plutôt que du Nigeria est délibéré. Le cofondateur Nathan Nwachukwu, qui a lancé Terra en 2024 avec Maxwell Maduka, a justifié ce choix par le vivier d’ingénieurs du Ghana, sa situation géographique et une volonté politique de devenir un exportateur sérieux d’équipements de défense. Cette expansion fait suite à $34 millions levés au cours de deux tours en 2026 : un tour de 11,75 millions de dollars mené par 8VC, la société de Joe Lonsdale, cofondateur de Palantir, puis un tour de suivi de 22 millions de dollars mené par Lux Capital, avec la participation de Resilience17 Capital, le fonds du directeur général de Flutterwave, Olugbenga Agboola.
Le contexte sahélien
La logique commerciale s’inscrit dans une réalité sécuritaire dure. À travers le Sahel, des groupes armés ont transformé des drones bon marché en armes plus vite que la plupart des armées africaines ne peuvent réagir. La coalition régionale d’Al-Qaïda a mené des dizaines d’opérations de drones entre 2023 et 2025, et une branche de l’État islamique a frappé l’aéroport international de Niamey avec des drones suicides en janvier 2026. Terra affirme déjà protéger environ 11 milliards de dollars d’actifs dans huit pays africains, notamment des centrales hydroélectriques, des mines et des installations pétrolières.
Le test le plus difficile
Le modèle de Terra s’inspire des géants américains de la défense Anduril et Palantir : l’entreprise vend du matériel associé à son logiciel propriétaire ArtemisOS selon un modèle d’abonnement récurrent, plutôt que par des ventes ponctuelles d’équipements. C’est un pari sur la construction d’une base industrielle de défense africaine souveraine plutôt que sur son importation.
La question la plus difficile est celle de l’exécution. Un objectif de 50 000 unités d’ici 2028 représente une ascension abrupte pour une entreprise qui n’a généré que quelques millions de dollars de revenus jusqu’à présent, et la fabrication à grande échelle expose une jeune société aux chaînes d’approvisionnement, au contrôle qualité et aux cycles d’approvisionnement public qui avancent lentement. Si Terra parvient à convertir son avantage de financement et ses premiers contrats en une demande durable, Accra deviendra plus qu’une usine. Elle deviendra un signal montrant que du matériel de pointe peut être fabriqué sur le continent, et pas seulement acheté.





