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Lending Credit

MTN veut prêter à partir de son propre bilan. Cela change le risque

MTN cherche des licences pour prêter directement plutôt que de se contenter de faciliter les prêts. Cette montée dans la chaîne de valeur apporte de vrais revenus, et un vrai risque de crédit, dans ses comptes.

Un client utilisant l’application de monnaie mobile MTN MoMo sur un téléphone
MTN veut passer de la facilitation des prêts via des partenaires au prêt direct à partir de son propre bilan.Credit: MTN
ParKwame Osei
Publie23 juin 20264min de lecture

Lors de sa journée des marchés de capitaux, le directeur général de MTN Group Fintech, Serigne Dioum, a indiqué aux investisseurs que l’entreprise entend demander des licences lui permettant de prêter directement aux clients et de mobiliser son propre bilan, allant au-delà de son rôle actuel de facilitation des prêts via des partenaires bancaires. Au-delà de la présentation autour de l’élargissement de l’accès au crédit, le changement de fond est précis et lourd de conséquences : MTN veut passer de distributeur à prêteur, et cela déplace l’endroit où le risque repose.

Les signaux qui comptent

Les chiffres sous-jacents à cette ambition sont réels et publiés, et c’est la partie qui mérite d’être prise au sérieux. MTN Fintech a déclaré environ 2,8 milliards de dollars de revenus en 2025, a traité plus de 500 milliards de dollars de valeur de transactions sur plus de 23 milliards de transactions, et travaille avec plus de deux millions de commerçants ainsi qu’un réseau d’agents supérieur à 1,4 million. Ce sont des chiffres de volume et d’infrastructure, du type qui décrivent une véritable activité de paiements. L’entreprise affirme aussi que plus d’un million de personnes contractent déjà des prêts chaque jour via ses plateformes, grâce à des partenariats.

Il faut noter ce qu’est MTN aujourd’hui, et ce qu’elle n’est pas. Elle constitue les rails et le canal de distribution ; les banques et les prêteurs qui se trouvent derrière elle portent les prêts, et le risque de crédit. Le prêt direct change cela. Comme l’a indiqué l’un des rares médias à le formuler clairement, mobiliser son propre bilan exposerait MTN au risque de crédit, à une réglementation plus stricte et à une concurrence directe avec les banques et les prêteurs numériques.

Interroger le récit du « marché mal desservi »

L’argument s’appuie sur un chiffre familier : seulement environ 4 à 5 % des adultes africains ont accès au crédit formel, et au Nigeria près de 80 % des petites entreprises n’ont pas de financement formel, ce qui représente un déficit estimé à 236 milliards de dollars. Le besoin est réel. Mais « vaste marché mal desservi » est précisément le type d’argument qui devrait appeler une question plus exigeante, pas un acquiescement. Un tel écart de crédit persiste pour des raisons concrètes : données emprunteur insuffisantes, garanties faibles, risque de défaut élevé, des facteurs qui n’ont pas disparu parce qu’un opérateur télécom a décidé de prêter. La même rareté de données qui tient les banques à l’écart devient le problème de MTN dès l’instant où les prêts figurent à son bilan plutôt qu’à celui d’un partenaire.

TechCocoon Intelligence y voit moins une inclusion financière qu’une intégration verticale : MTN capte la marge du crédit qu’elle reverse actuellement aux banques, tout en assumant le risque de perte qu’elle transfère aujourd’hui. Cela peut constituer un modèle économique solide, mais c’est un modèle différent, avec un profil de risque différent, de celui d’une exploitation d’infrastructures de paiement.

Pourquoi le calendrier est cohérent

Cette évolution s’inscrit dans un travail préparatoire structurel. En avril, MTN Group a décidé de prendre une participation de 60 % dans MoMo Payment Service Bank et dans une entité fintech associée, dans le cadre d’une séparation qui a fait entrer la maison mère comme investisseur majeur afin d’absorber les pertes de la fintech, et l’entreprise est ouverte à la vente de participations minoritaires pour lever des capitaux et des compétences. Airtel Africa mène une démarche parallèle pour libérer de la valeur à partir d’Airtel Money. Les deux opérateurs lisent la même logique : l’activité de paiements est mûre, et c’est dans le crédit que se situe la prochaine marge.

La tension la plus honnête est celle que le discours de MTN contourne. Prêter en s’appuyant sur les riches données comportementales d’un réseau de monnaie mobile pourrait réellement améliorer l’évaluation du risque là où les banques avancent à l’aveugle. Ou bien, déployé à grande échelle et à grande vitesse auprès de millions d’emprunteurs aux dossiers de crédit limités, le prêt sur bilan pourrait fabriquer exactement le problème de défaut qui a maintenu le crédit formel rare au départ. Le résultat que MTN obtiendra dépend entièrement d’une discipline qu’une diapositive de journée des marchés de capitaux ne peut pas démontrer. La question à retenir n’est pas de savoir à quel point l’écart de crédit est grand, mais combien de son propre capital MTN est prête à perdre pour découvrir quels emprunteurs valaient le risque.

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