MNT-Halan, la fintech égyptienne qui est passée au statut de licorne en 2023, a obtenu un investissement stratégique d’Al Ahly Capital, la branche d’investissement de la National Bank of Egypt, dans le premier closing d’un tour en cours qui valorise l’entreprise à 1,4 milliard de dollars. Le montant n’a pas été divulgué. L’entreprise indique que les fonds serviront principalement à financer son विस्तार au niveau national et sa croissance sur ses marchés régionaux.
La valorisation fait les gros titres, mais c’est aussi le chiffre le moins informatif ici. Une estimation de 1,4 milliard de dollars rattachée à un tour toujours ouvert et dont la taille n’est pas divulguée indique surtout à quel prix l’entreprise et son nouvel investisseur ont convenu de fixer la transaction, et non une preuve indépendante de ce que vaut réellement l’activité. Les éléments les plus révélateurs se trouvent dans l’identité de celui qui a signé le chèque et dans la manière dont l’entreprise utilise réellement l’argent.
Une banque qui soutient un prêteur non bancaire
L’identité de l’investisseur est le signal le plus important à lire. Al Ahly Capital n’est pas un fonds de capital-risque à la recherche de multiples ; c’est la branche d’investissement de la plus grande banque publique d’Égypte. Lorsqu’une institution de ce type prend une position stratégique dans un prêteur non bancaire, elle porte un jugement sur la solidité durable du métier du crédit, et non sur une simple histoire de croissance. Un capital stratégique provenant d’une banque en place s’accompagne généralement d’un ensemble d’attentes différent de celui des fonds propres de capital-risque : un intérêt plus étroit pour le portefeuille de prêts, la structure de financement et la situation réglementaire de l’entreprise soutenue.
Ce cadrage compte parce que MNT-Halan est, au fond, une entreprise de crédit qui porte une interface de super-application. Fondée en 2018 par Mounir Nakhla, elle propose du crédit numérique, des paiements, des portefeuilles électroniques, des investissements et du commerce électronique en Égypte, en Turquie, au Pakistan et aux Émirats arabes unis. L’étendue de cette offre invite à la lecture de « l’application qui fait tout », et l’entreprise l’encourage. La discipline consiste à regarder au-delà de la surface pour voir le moteur en dessous, et ce moteur, c’est le crédit.
Ce que montrent réellement les chiffres communiqués
Le chiffre à retenir est celui du portefeuille de prêts. MNT-Halan indique avoir accordé plus de 15,5 milliards de dollars de prêts depuis son lancement et servi plus de 8 millions de clients. Le montant cumulé des décaissements est un signal réel et vérifiable d’ampleur, contrairement au nombre de téléchargements d’une application ou au nombre d’utilisateurs enregistrés, car chaque dollar décaissé est un dollar que l’entreprise a accordé en crédit et qu’elle attend de récupérer. Cela montre que la machine de prêt fonctionne à grande échelle sur plusieurs marchés.
Ce que la communication ne fournit pas, c’est la qualité de ce portefeuille : le taux de prêts non performants, le coût des financements qui le soutiennent ou la marge que l’entreprise dégage après défauts et risque de change. Ce sont précisément ces chiffres qui distinguent une activité de crédit qui se renforce de manière cumulative d’une activité qui croît jusqu’à rencontrer des difficultés, et ce sont aussi les chiffres qu’un investisseur bancaire stratégique a probablement vus, mais que le public n’a pas. Pour un prêteur opérant en partie sur des marchés où la dépréciation monétaire est marquée, l’écart entre les décaissements bruts et l’économie nette est l’endroit où se trouve la véritable histoire.
La question de l’expansion
L’utilisation des fonds annoncée est l’expansion en Égypte et la croissance régionale, et c’est là que l’implication de l’investisseur stratégique devient la plus intéressante. Un investisseur lié à une banque apporte davantage que du capital à un prêteur : un accès à des financements moins coûteux, une familiarité réglementaire et un bilan capable d’ancrer le type de lignes de dette que consomme une activité de crédit en phase d’augmentation d’échelle. Si cela fait partie de la logique ici, l’investissement concerne moins le besoin de fonds propres de MNT-Halan que l’association de son moteur d’octroi à la base de financement d’un acteur établi.
TechCocoon Intelligence y voit une activité de crédit qui prend le type de capital dont les activités de crédit ont fini par avoir besoin : patient, stratégique et adossé à une source de financement, plutôt qu’un nouveau tour de croissance valorisé sur un multiple. L’affirmation de « plus grande plateforme fintech de la région MENA » vient de l’entreprise, et l’ampleur de la plateforme est bien réelle, mais ce qui est financé et souscrit, c’est le crédit.
La question qui demeure est de savoir si un prêteur non bancaire qui se développe en nouant des liens toujours plus étroits avec les banques en place qu’il avait pour ambition de bousculer construit encore une alternative, ou s’il devient discrètement une partie du système qu’il devait contourner. La réponse apparaîtra dans la nature du prochain financement de MNT-Halan : des investisseurs de capital-risque qui parient sur la disruption, ou des banques qui le traitent comme une infrastructure.





