Proparco, à travers le fonds FISEA du Groupe AFD, est devenu un investisseur de référence dans EmergingTech Ventures Fund II, le deuxième véhicule de démarrage d’EmTech Capital, a confirmé l’annonce dans la semaine du 16 juin 2026. Le fonds est géré par la société marocaine fondée par Meriem Zairi, Abdelouahid Benlamlih et Sidi Mohammed Zakraoui, vise 60 M$ avec la possibilité d’atteindre 80 M$, et investira dans des startups en pré-série A et en série A au Maroc, en Tunisie, au Sénégal et en Côte d’Ivoire. Les secteurs visés sont la DeepTech, la FinTech, les services numériques, la HealthTech, l’EdTech, l’AgriTech et la CleanTech. Le fonds s’appuie sur le premier véhicule d’EmTech, qui a levé 22 M$ et a été déployé principalement au Maroc.
Il s’agit d’une évolution importante pour une partie du continent qui manque de financements. Cela comporte aussi deux nuances qu’il faut lire attentivement avant de considérer cela comme 60 M$ de capital frais.
Cible ne veut pas dire clôturé
Le fonds « vise 60 M$, avec la possibilité d’atteindre 80 M$ ». Ce sont des ambitions, pas du capital engagé. La discipline qui compte ici, et que tout lecteur d’actualités sur les fonds devrait appliquer, est l’écart entre une taille cible, une première clôture et une clôture finale. Une cible est le montant qu’un gestionnaire espère lever. Une première clôture est le capital réellement engagé et disponible pour être déployé. Une clôture finale est le montant total verrouillé. L’annonce cite un investisseur de référence, Proparco via FISEA, ce qui est réel, mais elle ne précise pas quelle part des 60 M$ est aujourd’hui fermement engagée.
TechCocoon Intelligence lit cela ainsi : Proparco en soutien, cible de 60 M$, montant engagé non divulgué. C’est un vrai signal, une DFI crédible qui place son nom en premier aide généralement un fonds à se clôturer, mais ce n’est pas la même chose que 60 M$ disponibles pour signer des chèques. Le chiffre honnête est celui qui a effectivement été clôturé, et ce chiffre n’a pas été communiqué.
Ce qui est réellement solide
Le mandat est la vraie force, et il mérite d’être pris au sérieux. Plus de 80 % du capital-risque africain se concentre dans quatre marchés, le Nigeria, l’Égypte, l’Afrique du Sud et le Kenya, et l’Afrique de l’Ouest francophone ainsi que le Maghreb restent structurellement sous-desservis. Un fonds explicitement conçu pour émettre des chèques en pré-série A et en série A au Maroc, en Tunisie, au Sénégal et en Côte d’Ivoire vise exactement l’écart où des fondateurs ayant déjà de la traction peinent encore à devenir lisibles pour les investisseurs grand public.
EmTech dispose aussi d’un historique, pas seulement d’un discours. Un premier fonds de 22 M$, déployé et désormais suivi par un deuxième véhicule plus important, correspond au type de comportement reproductible d’un gestionnaire local dont l’écosystème en maturation a besoin. Le Maroc, en particulier, a commencé à produire des micro-fonds locaux qui syndiquent entre eux ; un gestionnaire qui lève un Fund II crédible franchit une étape supplémentaire vers un capital local de taille institutionnelle. C’est la partie structurellement intéressante : un gestionnaire local qui prend de l’ampleur, plutôt que le seul montant affiché.
Ce qu’il faut surveiller
Deux éléments diront si la promesse tient. Le premier est la clôture effective : lorsque EmTech annoncera une première clôture avec un montant engagé, ce sera le chiffre à retenir, et il montrera quelle part de la cible de 60 M$ l’engagement de référence a permis de débloquer. Le second est le rythme de déploiement dans les quatre marchés. Un fonds peut avoir sur le papier un mandat couvrant quatre pays et malgré tout déployer presque exclusivement dans son marché domestique, ce qui est arrivé avec le premier fonds, « déployé principalement au Maroc ». Le mandat mentionne le Sénégal et la Côte d’Ivoire ; les tableaux de capitalisation diront si le capital y circule réellement.
Il y a aussi le contexte plus large du marché. Les capitaux propres en amorçage en Afrique se sont nettement contractés en 2026, la dette et la finance du développement évincant les chèques de capital-risque classiques et l’activité de pré-amorçage tombant à des niveaux historiquement bas. Un nouveau fonds en actions ciblant les toutes premières étapes va à contre-courant, ce qui est encourageant, mais cela signifie aussi qu’EmTech lève des fonds sur un marché où les LP sont devenus prudents à l’égard précisément de ce type de véhicule.
La question ouverte
EmTech Fund II est l’une des annonces de fonds les plus réellement utiles de la période, parce qu’elle oriente du capital vers des marchés que l’écosystème continue de négliger. La question qui demeure est de savoir si un mandat francophone et maghrébin à quatre pays résiste au passage à l’exécution, ou si le capital, comme pour le premier fonds, finit concentré sur le marché domestique tandis que le Sénégal et la Côte d’Ivoire restent sur la présentation et hors du tableau de capitalisation.





