Un nouveau rapport avertit que l’Afrique risque de perdre des milliards de revenus à mesure que des opérateurs d’Internet par satellite tels que Starlink se déploient à travers le continent, tandis que des licences fragmentées et incohérentes laissent les gouvernements avec un faible pouvoir de négociation. La préoccupation ne porte pas sur la connectivité elle-même, que les satellites peuvent réellement étendre, mais sur l’acteur qui capte la valeur.
Le problème des fuites de revenus
Les opérateurs terrestres, notamment MTN, Airtel Africa et Vodacom, paient de lourds frais de spectre et de licence sur les marchés qu’ils desservent ; MTN a à lui seul payé 273,6 millions de dollars pour sa licence de spectre 5G au Nigeria. À l’inverse, les paiements d’abonnement aux fournisseurs satellitaires sont largement acheminés vers des entreprises étrangères, avec peu de réinvestissement local ou de contribution fiscale. Le rapport avertit qu’à mesure qu’une part croissante du trafic numérique et de la valeur économique se déplace vers des opérateurs hors de la portée réglementaire nationale, les gouvernements font face à des fuites de revenus de plus en plus importantes.
Un patchwork de réponses
Les États africains ont réagi de manière très différente. Le Sénégal a officiellement reconnu Starlink comme fournisseur d’accès à Internet au début de 2026, après que l’entreprise est entrée sur le marché avant autorisation. La Namibie a rejeté sa demande de licence, et l’Afrique du Sud a émis des injonctions de cessation et d’abstention contre les fournisseurs facilitant l’accès, mais l’usage sur le marché gris se poursuit, selon les informations, dans les deux pays. L’Union africaine des télécommunications a averti que cette approche fragmentée, pays par pays, affaiblit le levier collectif du continent face aux opérateurs mondiaux dont l’infrastructure échappe à toute juridiction unique.
La voie médiane proposée
Plutôt que d’interdire le satellite ou de le laisser concurrencer sans contrôle les clients de détail haut de gamme, le rapport recommande un modèle hybride : positionner les opérateurs satellitaires principalement comme fournisseurs en gros qui renforcent la couverture et la résilience dans les zones mal desservies, en travaillant aux côtés des réseaux terrestres plutôt qu’en les cannibalisant.
La tension est réelle et peu susceptible de se résoudre rapidement. La connectivité satellitaire peut atteindre des communautés que les tours n’atteindront jamais, ce qui constitue un bien public réel dans une région où l’usage de l’Internet mobile reste bien en deçà de la moitié de la population. Mais une connectivité sans cadre réglementaire et fiscal cohérent risque d’échanger une dépendance contre une autre. La question stratégique pour les gouvernements africains est de savoir s’ils peuvent se coordonner, plutôt que de se faire concurrence, afin de fixer les règles avant qu’elles ne soient fixées pour eux.





