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La poussée de 11 milliards de dollars de l’Afrique en faveur de l’énergie propre devient une stratégie industrielle

De nouveaux accords sur l’énergie propre annoncés à Nairobi montrent comment le marché africain des énergies renouvelables s’étend au carburant d’aviation, à l’hydraulique, au solaire, à l’éolien et aux infrastructures de cuisson propre.

Infrastructure d’énergie propre en Afrique représentant les investissements dans les énergies renouvelables annoncés lors du Africa Forward Summit à Nairobi.
Plus de 11 milliards de dollars d’investissements dans les énergies renouvelables ont été annoncés autour du Africa Forward Summit à Nairobi, couvrant le carburant d’aviation durable, l’hydraulique, le solaire, l’éolien et la cuisson propre.Credit: Mwangi Kirubi
ParTariq Abubakar
Publie13 mai 20268min de lecture

Plus de 11 milliards de dollars d’investissements dans les énergies renouvelables annoncés à Nairobi cette semaine montrent que la transition énergétique de l’Afrique dépasse désormais le discours climatique pour devenir une stratégie industrielle.

Les engagements, dévoilés autour du Africa Forward Summit, couvrent le carburant d’aviation durable, l’hydraulique, le solaire, l’éolien et la cuisson propre. Ils incluent une installation prévue de carburant d’aviation durable de Kenya Airways et Rubis Energy au Kenya, un portefeuille d’investissements de TotalEnergies dans des projets énergétiques africains, un projet d’hydraulique soutenu par EDF, un projet solaire en Zambie et une expansion du projet éolien Kipeto au Kenya.

Ce mélange est important. L’opportunité africaine dans l’énergie propre ne consiste pas seulement à ajouter des mégawatts au réseau. Il s’agit de savoir si l’électricité renouvelable peut soutenir l’aviation, la logistique, l’industrie manufacturière, l’énergie des ménages, les systèmes alimentaires, les infrastructures numériques et de nouvelles chaînes de valeur industrielles.

Le Kenya veut produire du carburant, pas seulement en importer

L’installation prévue de carburant d’aviation durable est l’un des éléments les plus importants de l’annonce.

Kenya Airways et Rubis Energy ont signé un accord pour développer ce que les entreprises décrivent comme la première unité de production de carburant d’aviation durable d’Afrique de l’Est. L’installation devrait produire 32 000 tonnes métriques de carburant d’aviation durable par an et utiliser des matières premières disponibles localement, comme des huiles et des graisses usagées.

Pour le Kenya, il ne s’agit pas seulement d’un projet de décarbonation du transport aérien. C’est une histoire de localisation.

Le carburant d’aviation est un intrant stratégique. Produire localement une version à plus faible intensité carbone pourrait réduire la dépendance aux importations, renforcer les capacités techniques, créer de nouvelles chaînes d’approvisionnement autour des matières premières issues des déchets et positionner le Kenya comme un hub régional pour un carburant d’aviation plus propre.

George Kamal, directeur général par intérim de Kenya Airways, a présenté le projet autour de ce passage d’une dépendance aux importations à une production locale.

Alors qu’à l’heure actuelle nous dépendons entièrement des importations, cette raffinerie nous permet de produire une version durable et locale de ce carburant.

Cette phrase résume pourquoi l’accord est important. La transition énergétique africaine devient plus utile lorsqu’elle crée des capacités de production, et pas seulement des objectifs de consommation.

L’énergie renouvelable doit soutenir l’industrie

Le président kenyan William Ruto a également formulé clairement, au sommet, le point plus large sur l’industrie.

Pour l’Afrique, cette transition énergétique doit aussi être une transition industrielle.

C’est le bon cadre.

L’Afrique dispose d’un important potentiel en énergies renouvelables, mais le défi de développement du continent ne se résout pas en exportant des récits sur l’énergie propre. La question plus difficile est de savoir si l’énergie renouvelable peut soutenir les usines, les centres de données, les réseaux logistiques, les ports, les chaînes du froid, les transports, l’extraction minière, la transformation alimentaire et l’accès à l’énergie des ménages.

C’est là que l’énergie propre devient une infrastructure économique.

Les centrales solaires comptent. Les parcs éoliens comptent. L’hydraulique compte. Mais ils comptent surtout lorsqu’ils abaissent le coût des affaires, améliorent la fiabilité, réduisent la pauvreté énergétique des ménages et soutiennent la production.

L’Afrique n’a pas besoin d’une transition verte qui laisse les pays dans le rôle d’exportateurs de matières premières ou d’hôtes passifs pour des projets étrangers. Elle a besoin de systèmes énergétiques qui soutiennent la création de valeur.

L’ampleur des engagements est significative

Les chiffres en tête d’affiche sont élevés.

TotalEnergies prévoit de dépenser 10 milliards de dollars en Afrique d’ici 2030, dont un projet d’énergie renouvelable de 2 milliards de dollars au Rwanda et 400 millions de dollars pour des initiatives de cuisson propre au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie. EDF a annoncé des plans pour un projet hydroélectrique de 2 gigawatts. Global Telecom s’est engagé à hauteur de 350 millions de dollars pour une centrale solaire de 250 mégawatts en Zambie, tandis que Meridian a déclaré qu’elle investirait 200 millions de dollars pour doubler le projet éolien Kipeto au Kenya à 200 mégawatts.

Ces projets touchent différentes parties du marché de l’énergie.

Le solaire et l’éolien soutiennent la production d’électricité. L’hydraulique peut fournir une charge de base à grande échelle et une stabilité du réseau lorsqu’elle est bien conçue. La cuisson propre répond aux enjeux de l’énergie des ménages, de la santé, du genre et de la pression environnementale. Le carburant d’aviation durable relie la politique climatique au transport et au traitement industriel.

Cette diversité est importante, car le problème énergétique de l’Afrique n’est pas un seul problème.

C’est à la fois un problème de réseau, d’énergie des ménages, d’alimentation électrique industrielle, de carburant pour les transports et de financement.

La cuisson propre ne doit pas être considérée comme un sujet secondaire

La cuisson propre est souvent traitée comme un sujet de développement plutôt que comme une histoire de technologie et d’infrastructure. C’est une erreur.

Des centaines de millions d’Africains dépendent encore de combustibles polluants pour cuisiner. Les conséquences traversent la santé, le climat, la productivité des ménages, la déforestation et les inégalités de genre. Si l’investissement prévu de TotalEnergies dans la cuisson propre au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie se traduit par un accès réel, il pourrait toucher des millions de foyers au-delà du récit habituel de l’énergie d’entreprise.

C’est là que TechCocoon doit prêter attention.

La CleanTech ne se limite pas aux fermes solaires et aux véhicules électriques. Elle englobe aussi les systèmes énergétiques du quotidien qui déterminent la manière dont les ménages vivent et dont les petites entreprises informelles fonctionnent.

Un marché de la cuisson propre doté d’un meilleur financement, d’une meilleure distribution et d’une infrastructure du dernier kilomètre pourrait devenir une catégorie importante de la technologie et de l’investissement en Afrique. Mais il faudra plus que des promesses. Il faut de l’accessibilité financière, de la distribution, un changement des comportements, un service local, des normes de sécurité et des capitaux patients.

Le risque est la lassitude face aux annonces

L’Afrique a déjà entendu de grandes annonces d’investissement.

L’épreuve n’est pas ce qui est annoncé à Nairobi. L’épreuve, c’est ce qui est financé, construit, raccordé, entretenu et utilisé.

Les grands engagements énergétiques peuvent s’enliser si l’acquisition foncière est lente, si les raccordements au réseau sont faibles, si les tarifs sont flous, si les garanties gouvernementales sont difficiles à obtenir, si les communautés locales sont ignorées ou si les conditions de financement deviennent trop coûteuses. Les projets de carburant d’aviation durable peuvent aussi rencontrer des difficultés si l’approvisionnement en matières premières, l’économie du raffinage, la demande des compagnies aériennes et les voies de certification ne sont pas suffisamment solides.

C’est pourquoi la phase suivante compte davantage que le titre du sommet.

Le projet Kenya Airways–Rubis nécessitera de l’ingénierie, du financement, une agrégation des matières premières, un soutien réglementaire et une demande du secteur aérien. Les projets hydroélectriques et solaires auront besoin de contrats bancables, d’un réseau prêt et d’une discipline environnementale. Les investissements dans la cuisson propre auront besoin d’une véritable adoption par les ménages.

La différence entre un théâtre de l’investissement et une stratégie industrielle, c’est l’exécution.

Les startups africaines devraient surveiller les chaînes d’approvisionnement

Ces accords ne concernent pas seulement les gouvernements et les grandes entreprises énergétiques multinationales.

Ils pourraient créer des opportunités pour les startups et opérateurs africains qui travaillent dans la collecte des déchets, l’agrégation des matières premières pour biocarburants, les données énergétiques, la mesure du carbone, la logistique, la distribution de l’énergie domestique, le financement d’actifs, l’analytique du réseau, l’énergie rurale, les appareils de cuisson propre, la surveillance industrielle et la maintenance.

Le projet de carburant d’aviation durable en est un bon exemple. Si l’installation dépend d’huile de cuisson usagée, de graisses animales usées et d’autres matières premières, quelqu’un doit collecter, vérifier, transporter et gérer ces intrants. Cela ouvre un espace pour des entreprises locales de chaîne d’approvisionnement, des plateformes de données et des opérateurs logistiques.

La même logique s’applique à la cuisson propre. La distribution, le financement, le service après-vente et l’éducation des utilisateurs créent tous des opportunités commerciales si le marché est bien structuré.

La transition vers l’énergie propre ne sera pas construite uniquement par les services publics. Elle nécessitera une couche plus large d’entreprises africaines capables de résoudre des problèmes opérationnels concrets.

Ce que cela implique pour la tech africaine

La poussée de l’Afrique en faveur de l’énergie propre devient une histoire de technologie, d’infrastructure et d’industrie.

Le continent a besoin de plus d’électricité, mais il a aussi besoin d’une utilisation productive de cette électricité. Il a besoin d’un carburant d’aviation plus propre, mais aussi de systèmes locaux de raffinage et d’approvisionnement. Il a besoin d’un accès à la cuisson propre, mais aussi d’une distribution du dernier kilomètre et d’un financement des consommateurs. Il a besoin de solaire, d’éolien et d’hydraulique, mais aussi de réseaux, de stockage, de réglementation et d’une demande bancable.

C’est pourquoi ces engagements de Nairobi comptent.

Ils montrent que la transition énergétique de l’Afrique se déplace vers un terrain plus difficile, mais plus utile. L’opportunité ne consiste plus seulement à installer des capacités. Il s’agit de bâtir des industries autour de l’énergie propre.

Pour les fondateurs, cela signifie qu’une partie des meilleures opportunités climatiques pourrait se trouver dans les aspects les moins glamour de la chaîne de valeur : agrégation, mesure, distribution, maintenance, financement et conformité.

Pour les investisseurs, le signal est clair : le marché africain de la CleanTech ne doit pas être lu uniquement à travers les actifs de production. La prochaine vague de valeur pourrait venir des entreprises qui rendent ces actifs utilisables.

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